La Maison de l’ardoise


L’histoire de l’exploitation ardoisière à Rimogne

Le renouveau du monachisme en France fait fleurir les abbayes et s’accroître les besoins en matériau de couverture pour les nouveaux bâtiments religieux. En 1158, l’abbaye de Signy se fait octroyer par Pierre de Montcornet et ses frères le droit de prendre toutes les ardoises nécessaires sur toute l’étendue de Rimogne. L’abbaye de Foigny et celle de Bonnefontaine se voient accorder les mêmes droits au début du XIIIe siècle. Les activités des moines se concentrent entre le Châtelet et Rimogne, non loin du lieudit Pierka et les fosses à ciel ouvert empiètent souvent les unes sur les autres, entraînant de nombreux conflits. Les trois domaines religieux grandissent au fur et à mesure des dons de terres faits par les seigneurs ou les particuliers et deviennent de véritables centres économiques basés sur l’élevage et le commerce ardoisier. Les seigneurs cherchent d’ailleurs souvent à revenir sur leurs largesses mais les moines sont dans leur bon droit et les décisions de justice leur sont toujours favorables.

Pour que l’exploitation des fosses soit rentable, il faut creuser de plus en plus profondément, ce que les moyens techniques de l’époque ne permettent pas. Les fosses vont vivoter et cela d’autant plus que la main d’œuvre se raréfie du fait de la Grande Peste et de la guerre de Cent Ans. Le pouvoir royal étant fortement endetté par les frais de guerre, il obtient que le clergé de France contribue à éponger ces dettes et les abbayes sont obligées de vendre tout ou partie de leurs domaines. Foigny vend tout son domaine en 1577, Signy se sépare de sa maison de Rimogne (le futur château de l’Enclos) la même année. Seule Bonnefontaine semble conserver son domaine.

Vont alors s’enchaîner des années où les seigneurs vont bailler à de multiples reprises leurs fosses. Car si les moines exploitaient dans le bas du village, les seigneurs possèdent les fosses à la Halle Voie, actuellement Saint Quentin, et les particuliers les louent et les exploitent. Ils se retrouvent toutefois très vite bloqués par l’absence de moyens financiers suffisants. Il faut attendre 1663 pour voir arriver le premier entrepreneur, Charles Dambraine, receveur au grenier à sel d’Aubenton. Mais c’est l’arrivée en 1702 de Jean Baptiste Collard qui marque le début de l’industrie moderne. Il fait entre autre percer le canal des Pâquis pour évacuer les eaux des fosses. A sa mort, la Grande Fosse passe aux mains de son neveu Antoine qui la cède à son fils Charles Jean Pierre. Peu soucieux de l’intégrité de la fosse, ce dernier fait abattre les piliers de soutènement pour faire toujours plus de profit. Il faut attendre la venue de Jean Louis Rousseau en 1779 pour que la Grande Fosse soit rétablie et pour que le travail reprenne. Elle devient un modèle pour les encyclopédistes Diderot et Dalembert.

La Révolution française voit les conflits naître entre les différents concessionnaires (Pilon, Raux, etc) mais les Rousseau en ressortent vainqueurs. Ils rachètent de nombreuses fosses et fondent la Compagnie des Ardoisières de Rimogne et de Saint Louis sur Meuse en 1831. D’autres compagnies vont naître comme celles de Truffy Pierka en 1836 ou celle de la Richolle en 1842 mais à long terme, la Compagnie finira par toutes les racheter. Le pouvoir de la Compagnie s’observe également au niveau municipal car de nombreux maires (Peridon, Moreau, Rousseau, Teissier, etc) sont actionnaires de la Compagnie.

Même si les ardoisières rayonnent internationalement – la qualité des ardoises étant primées à toutes les expositions universelles – Les conditions de travail et les conditions de vie des ouvriers restent difficiles. Les salaires sont bas et ne suffisent pas à vivre confortablement. Travaillant la plupart du temps dans l’obscurité, les accidents ne sont pas rares et les grèves éclatent dès 1825. En 1832, une fosse s’effondre piégeant 300 ouvriers qui parviennent à sortir par un conduit d’évacuation. En 1869, les ouvriers se révoltent et brisent 15000 ardoises. En 1888, 340 ardoisiers sur 390 font grève. Soutenus par Jean Baptiste Clément, ils réclament une hausse de salaire que la Compagnie ne leur accordera pas. Les meneurs ne sont pas rembauchés. Le conflit couve et éclate à nouveau en 1901 et dure trois mois. Impitoyable, la Compagnie règne sur le village

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les fosses emploient 600 ouvriers. Les ardoisiers mobilisés, les productions ralentissent. Il faut attendre l’après-guerre et 1930 pour que les ardoisières retrouvent leur niveau maximal. La Seconde Guerre mondiale et l’arrivée d’autres matériaux de couverture vont sonner le glas des ardoisières. Si l’on inaugure un treuil à Saint Quentin en 1961, les ardoisières ferment définitivement en 1971.

(Texte : Loïc DELAFAITE)

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